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Cyparis

Le voleur sauvé ! ironie du sort

7 juillet 2019
Cyparis Saint Pierre Martinique
Cyparys pret du cachot ensevelit MArtinique

L'histoire de Cyparis [telle que nous la racontons à nos clients !]

Cyparis se contait…  

Cela fait des jours et des nuits que je suis là. Combien ? Je ne le sais. J’ai faim. Ils ne me portent plus rien à manger. Ni d’eau à boire… Avant que cette fumée venue de nulle part n’envahisse mon cachot, je léchais les quelques feuilles qui arrivaient, péniblement, à pousser au travers des pierres de celui-ci. Mais avec ce nuage, gris, poisseux, brulant, les feuilles sont comme moi : à peine vivantes. 

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Il n’y a plus âme qui vive dans cette ville de Saint-Pierre naguère si gaie. Je me souviens. Je me souviens les grandes rues, ensoleillées, colorées, rieuses de la perle des Antilles, du Petit Paris, les surnoms ne lui manquaient pas ! Saint-Pierre était la capitale de la Martinique. Tout le monde, le beau monde, s’y pressait ! Les marchands, avides de réussites, venaient du monde entier proposer leurs belles cargaisons. Des tissus d’Inde, des soies colorées que les riches bourgeoises portaient fièrement pour aller au théâtre, copie qui n’avait pas à rougir de son modèle bordelais. De larges bijoux en or, lourds et couteux, ornaient les cous de ces femmes, qui déambulaient dans le Jardin des Plantes, laissant parfois tomber leurs mouchoirs de dentelle fine aux pieds de beaux officiers et de riches commerçants. Malgré la chaleur, malgré l’air chaud et humide qui emplissaient les poumons, il faisait bon se promener dans les rues pavées, bordées de petits ruisseaux d’eau,  rafraichissant la température tropicale. De plus, ces rues étaient éclairées par l’électricité ! L’électricité ! Et il y avait même un tramway pour que les riches habitants puissent aller au plus vite à l’Hôtel du Gouvernement, rendre compte ou quêter quelques approbations. 

Parfois, lorsque le marché battait son plein, je m’asseyais à même le sol, mes pieds sales trainant dans l’eau fraiche qui parcourait la ville, et je regardais à en perdre la vue, et la tête, le va et vient des habitants. Moi aussi, je voulais une de ces jolies créatures à mon bras, moi aussi, je désirais ces beaux complets, trois pièces, de tissu noir, une montre à chainette d’or, une canne de bois d’ébène et au pommeau d’ivoire sculpté. Je caressais ma bouche nue, rêvant à une petite moustache, comme ceux qui parlaient entre eux, devant moi. « Le soleil te tape sur la tête, Samson ! » me lançait un de mes camarades pour me sortir de ma torpeur. 

Oui, je me nomme Samson. Ou plutôt, c’est ainsi qu’on m’appelle où je travaille. Dans les champs de canne ou sur les yoles. Je ne sais pas faire grand-chose, alors je fais un peu tout. Je pêche à la senne, avec mes compères, pour  mon patron. Nous déployons un grand filet, de quelques centaines de mètres, et nous avançons hors l’eau, en ramassant nombre de balaous, tcha-tchas, coulirous et bonites. Je coupe la canne, aussi. Le contremaitre fait brûler les champs pour que les serpents nous laissent travailler sans encombre. Et ensuite, armé de ma machette, je coupe, coupe, coupe. 

Mon vrai nom est Louis-Auguste Cyparis. Je ne sais pas pourquoi. Mais, ici, on ne sait que rarement pourquoi l’on se nomme ainsi. 

Un jour, fatigué de prendre des coups, envieux de ceux qui s’amusaient, je me suis enfui. J’ai couru au travers du champ de canne où je travaillais dur, j’ai couru dans la campagne, j’ai traversé des villes, j’ai bousculé des femmes, j’ai couru jusqu’à perdre haleine. Après tout, j’étais libre ! Libre de ne pas couper la canne, libre de sourire à la vie ! 

Un homme m’avait suivi, pour profiter, lui aussi. Mais, nous avons trop bu. Nous nous sommes battus. Malheureusement, le rhum m’est monté à la tête. Et, suite à je ne sais plus quelle mauvaise parole, je me suis enflammé. Mon couteau est rentré sèchement entre ses côtes. Il est tombé. Très vite, je me suis retrouvé au Tribunal. Puis en prison. Un long mois à tourner en rond dans une pièce minuscule, moi, qui ne rêvait que de liberté et de pouvoir. 

Ça m’a rendu fou. Alors, un matin où j’avais eu le droit de sortir ma grande carcasse à la lumière du jour, j’ai repéré une faille, et je suis parti. Tranquillement, personne ne m’ayant vu, je suis descendu vers ma ville, vers Saint-Pierre. Chemin faisant, j’ai croisé d’anciens camarades pêcheurs, qui m’ont fort gentiment d’ailleurs, invité à les rejoindre pour une soirée de makrelages. De bavardages ! Nous avons bu le bon rhum de la Martinique, celui qui brûle la gorge, mais qui, dès que vous avez avalé la Kraz, une bonne goulée d’eau fraîche, vous offre ses arômes. Nous avons dégusté quelques marinades, des beignets de morue avec des piments, des boudins noirs, il y avait aussi des dombrés, du féroce d’avocat. Je me léchais les doigts tellement c’était bon ! Et je buvais encore et encore pour fêter ce magnifique repas ! 

Je me suis endormi, saoul comme un cochon, ronflant, et cuvant… Au matin, je me suis dit que je n’aurais pas dû. Qu’il me fallait réparer. Que cet homme que j’avais tué méritait mieux que ma mesquinerie. 

Alors, je suis reparti voir le président du Tribunal. Je lui ai raconté, tout. Mes remords, mes envies, mes besoins. « Samson, je comprends ce que tu me dis. Mais je dois te punir. Tu iras huit jours au cachot. »

Un gendarme m’a accompagné et enfermé dans ma nouvelle maison. Pas loin d’où j’étais. Une petite pièce, toute petite, un rectangle minuscule, sombre et froid. Une grande porte de bois massif s’est refermée sur ma liberté. D’une toute petite ouverture, grillagée, je distinguais à peine le bleu profond du ciel de la Martinique. Quelques rayons du soleil parvenaient, difficilement, à dessiner sur le sol un trait lumineux. 

Je me suis assis, au fond. Puis, comme le temps s’éternisait, je me suis allongé. Le sol était frais. Les murs, épais, me préservaient. Je me suis raconté ma vie. Et celle que je voulais. Chaque jour, très tôt, le gendarme qui m’avait accompagné, me portait un bol de riz, dans lequel nageaient quelques graines, des haricots rouges. Il me donnait un second bol, avec de l’eau. Dans lequel nageaient quelques graines aussi. Sans un mot, il déposait le tout, refermait la lourde porte. J’entendais le bruit de la grosse clef dans la serrure, puis ses pas. De moins en moins. Puis plus du tout. 

Un matin, je l’ai attendu. Attendu. A sa place, il y a eu des éclairs, qui ont réussi à percer dans mon noir cachot, des détonations. Le soleil ne passait plus par ma modeste fenêtre. Le sol bougeait sous mes pieds. Tout à coup, une fumée de poussières comme enflammée a pénétré mon antre. Je sautais, pour lui échapper, en vain. Je m’agitais dans tous les sens. Ma peau brulait, mes yeux pleuraient, mon corps n’était que douleurs ! 

Très vite, le calme est revenu. Avec lui, le silence. Celui de la mort. De l’éternité. J’avais mal, mais mes feulements de bête blessée restaient sans écho. J’étais seul. 

Je suis resté ainsi longtemps. De temps à autre, lorsque ma bonne étoile me l’autorisait, je hurlais. Avec son aide, peut-être quelqu’un entendrait ma complainte, un jour. 

Ma bonne étoile avait raison. Un jour, j’ai entendu du bruit dehors. Autour de mon cachot. J’ai criais à me décoller les poumons… « Je suis ici, Cyparis est vivant ! Samson est là ! Aidez-moi ! Sauvez-moi ! ». Au fur et à mesure que je m’égosillais, je voyais les pierres s’agiter, le ciel s’agrandir, et tout à coup, mes sauveurs sont apparus. 

Ils venaient du Morne Rouge. Ils cherchaient des survivants. Et ils m’ont trouvé ! 

A l’hôpital, j’ai pleuré. Sur ma peau, sur mes péchés, sur ma chance de vivre encore. Sur ces hommes qui m’ont sauvé, pansé, soigné. Le directeur d’un grand cirque, le Barnum, est venu à ma rencontre. Avec lui, je suis parti parcourir le monde.  J’étais sur les affiches. Célèbre. Mais… Je n’ai jamais eu de belle femme à mon bras. Elle aurait certainement peur de poser sa main gracile sur ma peau parcheminée, souvenir de la Montagne Pelée. Souvenir de mon calvaire. Et de ma vie aussi.